Un témoin natif du District Nyamagabe, Secteur Gasaka, qui a été reconnu coupable et condamné à 12 ans de prison ferme, est l’un des hommes accusant Bucyibaruta de laisser ses brebis dans les mains des loups (Interahamwe). Après les massacres, il a procédé à la destruction des preuves en ordonnant de bien nettoyer le sang sur les murs des classes et les plafonds pour que les soldats français n’en perçoivent rien.
Le témoin oculo-auriculaire est pour le moment agri-éleveur après avoir purgé sa peine, il dit tout ce qui il a vu a Murambi lors des massacres des tutsis. “Depuis le 12 Avril 1994, cinq jours après l’attentat de l’avion du président Habyarimana, on a commencé à tuer et j’ai vu les Tutsis venant de différents coins de la préfecture qui cherchaient refuge à la Diocèse catholique de Gikongoro” Dit-il. D’ajouter que le 14 Avril 1994, les réfugiés qui étaient au diocèse Gikongoro ont été poussés par les gendarmes d’aller dans les enceintes de l’Ecole Technique de Murambi. Après une journée là-bas, poursuit-il, c’est-à-dire le 15 Avril 1994, le Préfet Bucyibaruta est venu vers midi en compagnie de Sebuhura (chef adjoint de la Gendarmerie Nationale de Gikongoro), Semakwavu (ancien Bourgmestre de la Commune Nyamagabe) ainsi que Karangwa David, Greffier de la cour de Canton Nyamagabe.
Il ajouté que Bucyibaruta a tenu une réunion avec les réfugiés tout en leur garantissant la sécurité. Les camions de la Gendarmerie Nationale continuaient à rassembler les Tutsis qui étaient ici et là dans les paroisses sous prétexte de leur sécurité, ajoute- il, mais en vérité c’était un rassemblement qui visait à exterminer tout Tutsi de cette préfecture. “Le 16 Avril 1994, j’ai vu de mes propres yeux les camions de la Gendarmerie Nationale transportant pas mal des Tutsis vers Murambi”. Déclare-t-il.
Le témoin continue tout en affirmant que le 18 Avril 1994 après le départ de Bucyibaruta qui était sur les lieux, est venu David Karangwa, et c’est à ce moment-là que le tuyau menant l’eau à Murambi a été coupé. Il y a eu coupure d’eau pour que les Tutsis qui étaient à Murambi meurent de soif.
“Les aliments que leur avaient été garantis par Bucyibaruta ne leur sont parvenus car ils ont été récupérés par Monsieur Havuga en disant que c’est une ration réservée aux Interahamwe qui ont travaillé” Ajoute-t-il.
En date du 19 Avril 1994, les autorités ont ordonné aux Hutus de se réfugiés eux aussi à l’ACEPR Gikongoro pour échapper à la grève des Tutsis qui peuvent les exécuter, mais en vérité, c’était pour leur tenir une réunion de mobilisation aux massacres des tutsis qui étaient à Murambi et ailleurs.

“Après deux jours dans les enceintes de l’ACEPR, vers 18 h nous étions à la barrière de Kabeza où Bucyibaruta en compagnie de Sebuhura et beaucoup d’autres gendarmes nous ont ordonné d’être vigilant pour que les inyenzi n’introduisent pas leurs armes, disant que ceux- ci étaient déjà arrivés à Butare”, ajoute-t-il.
“Dans cette nuit même, ils ont commencé la fouille des armes au sein du camp, en demandant à tout réfugié de rendre toute arme détenue, que ce soit les machettes, les bâtons, les couteaux à épluchage, etc… Cette opération était surveillée par Sebuhura lui-même”. Signale le témoin.
Il continue son témoignage disant qu’après le départ de Bucyibaruta, beaucoup de gendarmes ont encerclé le camp, et les réfugiés avaient confiance qu’ils contournent le camp dans but de leur sécurité, ne sachant qu’ils vont être massacrés. “C’est dans la même nuit, vers 3h00 du matin qu’ils ont été fusillés et bombardés. Nous avons entendu le bruit des armes lourdes pendant deux heures du temps”. Affirme-t-il.
Il dit que quelques-uns qui ont pu échapper à la machette et aux grenades, se sont réfugiés à la paroisse Cyanika, mais les interahamwe les ont suivis pour les exterminer. Ils ont aussi tué les tutsis qui étaient dans la prison de Gikongoro. Tous les cadavres ont été enterrés dans la cour intérieur de l’Ecole Technique de Murambi par les prisonniers, après avoir creusé les trous par les Caterpillars de la MINITRAPE.
Bucyibaruta est toujours devant la cour d’Assises de Paris, reproché d’organiser et de participer à plusieurs réunions aux cours desquelles ont été planifiées des massacres, en incitant notamment au regroupement des tutsis et à leur extermination.
MUGISHA BENIGNE
