Paris – Le procès en appel du Dr Eugène Rwamucyo devant la Cour d’assises de Paris a été marqué par le témoignage d’un survivant du génocide des Tutsis de 1994, qui affirme avoir aperçu, avant le déclenchement des massacres, une liste de personnes destinées à être tuées.
À la barre, le témoin a déclaré avoir vu cette liste sur l’ordinateur utilisé par Eugène Rwamucyo. Pris de peur, il n’aurait eu le temps de lire que deux noms, ceux de « Kayitare » et « Athanase », avant de quitter précipitamment les lieux. Sur le moment, il affirme ne pas avoir compris la nature exacte du document.
Selon son récit, ce n’est qu’après le début du génocide qu’il a établi un lien entre cette liste et les événements en cours. Il affirme notamment avoir entendu Eugène Rwamucyo, lors d’une réunion tenue le 16 avril 1994 à l’Université nationale du Rwanda, déclarer qu’une liste systématique des Tutsis avait été élaborée et que ceux qui échappaient encore aux massacres devaient être activement recherchés.
« Les propos de Rwamucyo m’ont permis de faire le rapprochement entre la liste que j’avais vue et les tueries qui se déroulaient alors », a déclaré le témoin devant la cour.
Une réunion présentée comme un suivi de l’exécution du génocide
Le témoin affirme avoir assisté clandestinement à cette réunion, dissimulé dans le plafond du bâtiment où elle se tenait.
Selon lui, les participants y auraient évalué l’avancement de ce qu’il qualifie de « projet génocidaire ». Il soutient avoir personnellement entendu la voix de Rwamucyo évoquer l’existence de listes recensant les Tutsis à éliminer.
Ces déclarations auraient poussé le témoin, son époux et leurs enfants à changer de cachette afin d’échapper aux recherches menées contre les personnes encore traquées.
« Nous avons survécu jusqu’à l’arrivée des Inkotanyi à Butare », a-t-il expliqué.
Des accusations de responsabilité majeure: un témoin affirme avoir vu une liste de Tutsis ciblés avant le génocide
Interrogé sur le rôle attribué à l’accusé, le témoin a estimé qu’Eugène Rwamucyo occupait une position centrale dans l’organisation des massacres.
« Il n’était peut-être pas armé d’une grenade ou d’un fusil, mais il se trouvait au sommet de la hiérarchie. C’était lui qui donnait les instructions », a-t-il affirmé.
Le témoin a également évoqué les pertes subies au sein de sa famille pendant le génocide.
Plusieurs de ses frères, leurs épouses et leurs enfants figurent parmi les victimes. Certains membres de sa famille ont été tués dans une église, tandis que quelques enfants ont survécu grâce à l’intervention de proches.
La défense conteste la crédibilité du témoignage
Les avocats de la défense ont remis en cause la fiabilité des déclarations du témoin, soulignant des divergences entre ses dépositions antérieures et son témoignage actuel.
L’un des avocats a suggéré que le témoin avait été influencé dans ses déclarations et l’a accusé de construire un récit destiné à incriminer l’accusé.
Le témoin a fermement rejeté ces accusations, affirmant n’avoir subi aucune pression et avoir témoigné uniquement pour contribuer à l’établissement de la vérité.
Entre justice et mémoire
Questionné par l’Avocate générale sur une éventuelle volonté de vengeance, le témoin a répondu qu’il comparaissait uniquement pour apporter des éléments à la justice.
« Je ne suis pas venu pour me venger. Je suis venu dire ce que je sais », a-t-il déclaré.
Évoquant les conséquences durables du génocide, il a souligné que la douleur demeurait vive malgré les années écoulées.
« Nous devons continuer à vivre et apprendre à pardonner. Mais pardonner ne signifie pas oublier ; cela signifie accepter ce qui s’est passé et vivre avec cette réalité », a-t-il conclu.
Le procès en appel d’Eugène Rwamucyo, ouvert le 9 juin devant la Cour d’assises de Paris, doit se poursuivre jusqu’au 16 juin.

Dr Rwamucyo en Eugène appel à la Cour d’Assise de Paris
Bénigne Mugisha

