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Procès en appel du Dr Eugène Rwamucyo : une partie civile affirme l’avoir vu donner les instructions aux Interahamwe à Butare

Au cours de l’audience en appel du procès du Dr Eugène Rwamucyo, une partie civile a livré un témoignage détaillé, affirmant avoir vu l’accusé donner des instructions à des membres des Interahamwe sur un barrage routier à Butare durant le génocide contre les Tutsi de 1994.

Selon la témoin, les faits remontent à la période qui a suivi l’attaque de Sovu, au cours de laquelle de nombreux Tutsi ont été tués. Elle explique avoir survécu au massacre en se dissimulant parmi les corps avant de rejoindre le centre-ville de Butare.

Elle déclare avoir aperçu le Dr Eugène Rwamucyo vêtu d’un uniforme militaire, aux côtés de Shalom Ntahobari et de Pauline Nyiramasuhuko. D’après son récit, les trois responsables étaient armés et présents sur un barrage où ils donnaient des directives aux Interahamwe.

La témoin affirme également avoir entendu que le Dr Rwamucyo devait faire venir un bulldozer afin d’enterrer les victimes du massacre, tandis que les survivants seraient conduits dans un centre de santé pour y être exécutés.

Elle indique avoir revu l’accusé quelques jours plus tard au Centre hospitalier universitaire de Butare. Selon elle, il portait toujours un uniforme militaire et se comportait comme un responsable des Interahamwe.

Le temoin affirme connaitre l’accusé avant le déclenchement du Génocide

La partie civile a ensuite raconté avoir trouvé refuge pendant environ deux semaines à l’hôpital universitaire, avant de rejoindre le domicile de son beau-frère, membre des Interahamwe et apparenté à la famille de Shalom Ntahobari. Elle explique que ce dernier serait intervenu auprès de Pauline Nyiramasuhuko afin de faciliter son passage vers le Burundi, ce qui lui aurait permis de franchir une barière contrôlée par les autorités de l’époque, appelée communément Barière Nyiramasuhuko.

Interrogée sur sa connaissance de l’accusé avant le génocide, la témoin a indiqué qu’elle travaillait au centre de santé de Sovu et connaissait le Dr Rwamucyo en sa qualité de directeur du Centre universitaire de santé publique (CUSP). Elle précise qu’il avait animé une journée de formation destinée au personnel de santé en 1993.

Elle a ajouté que le CUSP se situait à environ une demi-heure de marche du centre de santé de Sovu, à proximité de la maternité et du siège local du MRND, sur la route de Gikongoro.

Les Locaux de CUSP auquel Eugène Rwamucyo était résponsable

Au cours de son témoignage, la partie civile a réaffirmé avoir vu le Dr Rwamucyo donner des instructions aux jeunes Interahamwe et coordonner leurs activités. Elle soutient également que son beau-frère lui avait révélé qu’un engin de chantier était venu creuser des fosses dans un champ de patates douces pour l’enfouissement des corps des victimes, affirmant que cette opération avait été organisée par le Dr Rwamucyo.

Selon elle, après le génocide, elle a participé aux opérations d’exhumation des dépouilles retrouvées dans ce champ, confirmant ainsi, d’après son témoignage, les informations qui lui avaient été communiquées, car il y a trouvé son beau père et ses deux belles soeurs.

Le mari du temoin est mort à Sovu

Évoquant les conséquences personnelles du génocide, la témoin a indiqué avoir perdu plusieurs membres de sa famille, dont son époux, tué à Sovu. Enceinte de six mois au moment des faits, elle a donné naissance à son enfant le 24 juillet 1994.

Elle a également fait état des séquelles psychologiques subies par sa famille, précisant que l’un de ses trois enfants n’avait commencé à parler qu’à l’âge de huit ans en raison des traumatismes vécus.

Concluant son intervention, la partie civile a demandé que justice soit pleinement rendue, tout en soulignant que, malgré les souffrances endurées, sa famille avait réussi à reconstruire sa vie.

Le Dr Eugène Rwamucyo comparaît actuellement en appel, après avoir été condamné en première instance à une peine de vingt-sept ans de réclusion criminelle.

Dr RwaEugène mucyo avec ses Avocats

Bénigne Mugisha

 

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