Une conférence internationale sur le génocide s’est tenue à Kigali où le Ministre Dr Bizimana dans son ouverture a reproché les pays africains n’avoir pas jugé sur son sol aucune personne soupçonnée de génocide.
Lors de l’ouverture officielle de cette conférence, le Ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean Damascène Bizimana, a déclaré qu’il est regrettable qu’aucun pays africain n’ait encore jugé sur son sol des personnes impliquées dans le génocide qui s’y sont réfugiées.
Il a affirmé : « Après 32 ans, aucun pays d’Afrique n’a encore jugé ne serait-ce qu’un seul individu ayant participé au génocide contre les Tutsi, alors que des mandats d’arrêt internationaux ont été émis par le Rwanda et envoyés à différents pays. »
Me Innocent Nteziryayo, l’un des intervenants, a indiqué que la communauté internationale ainsi que certaines grandes puissances ont continué d’ignorer les alertes et les actions du gouvernement de la République démocratique du Congo, qui collabore avec le groupe FDLR composé de personnes ayant participé au génocide au Rwanda
« Les auteurs du génocide n’ont pas seulement traversé les frontières avec des armes, ils ont aussi emporté avec eux l’idéologie du génocide. Par exemple, en 1995, le responsable d’Uvira a donné un ultimatum aux Banyamulenge pour quitter la ville, et leurs biens ont été saisis. En 1996, le gouverneur de Bukavu a donné une semaine aux Banyamulenge et aux Tutsi pour quitter la ville. » a-t-il déclaré.
Le Général Boubacar Faye, ancien membre des forces de la mission internationale MINUAR pendant le génocide, a indiqué que la communauté internationale a échoué, car elle a retiré ses troupes alors que les Tutsi étaient massacrés, sans parvenir à les protéger.
De son côté, l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Chaloka Beyani, a également affirmé que la communauté internationale a échoué dans la prévention du génocide, faute d’avoir pu intervenir pour sauver les Tutsi.
« En 1994, la communauté internationale n’est pas intervenue alors qu’il existait des signes évidents de génocide. L’ONU, l’Organisation de l’unité africaine et les grandes puissances disposaient d’informations, mais n’ont pas agi, et le génocide a eu lieu. » a-t-il déclaré.
Il a ajouté que le génocide est un crime extrême visant à exterminer un groupe de personnes en raison de ce qu’elles sont, et que c’est l’État qui en est l’initiateur.
« Nous devons condamner la haine, les discours incitant à s’en prendre aux autres, la discrimination et le génocide. Le génocide a commencé par des propos déshumanisants fondés sur l’identité des victimes. Nous devons lutter contre les discours de haine, et les juridictions internationales comme le TPIR doivent fonctionner efficacement et sanctionner également ceux qui nient le génocide. »
Chaloka Beyani a souligné que la prévention du génocide passe par la lutte contre l’impunité de ses auteurs, insistant sur le fait que le moment est venu de demander des comptes afin de mettre en œuvre les conventions internationales visant à combattre ce crime.
Cette conférence internationale sur le génocide a été organisée par l’association Ibuka, qui défend les intérêts des survivants du génocide, dans le cadre de la commémoration des 30 ans de sa création.

Les participants de la conférence internationale sur le génocide
Bénigne Mugisha

